
Les menstruations font partie de la vie d’une part conséquente de la population mondiale. Pourtant, elles restent encore entourées de silence, de tabou et de stigmatisation. Lorsqu’on en parle, c’est généralement sous l’angle de l’hygiène menstruelle, comme s’il s’agissait uniquement de gérer des tampons, des serviettes hygiéniques ou d’autres protections hygiéniques. Cette approche, bien que nécessaire, est insuffisante. Elle ne permet pas de saisir l’ensemble des réalités vécues par les femmes et les jeunes filles, notamment celles confrontées à la précarité, au handicap ou à des normes sociales discriminantes. C’est afin de répondre à ces limites que la notion de dignité menstruelle s’est imposée. Mais que recouvre réellement ce concept ? Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de droits humains, et pas seulement d’hygiène ? En quoi cette approche change-t-elle notre manière de penser les règles ? Cet article propose de clarifier la notion de dignité menstruelle, d’en expliquer les enjeux et de montrer pourquoi elle concerne l’ensemble de la société.
Menstruations : au-delà de l’hygiène, une question de dignité
La dignité menstruelle signifie que toute personne qui a ses règles peut les vivre sans honte, sans peur, sans discrimination et sans violence. Elle implique bien sûr l’accès à des produits menstruels adaptés, mais elle va bien au-delà.
En effet, parler de dignité menstruelle, c’est reconnaître que les règles sont liées :
- Au droit à l’information ;
- Au droit à la santé ;
- Au droit à l’éducation ;
- Au droit au travail ;
- Au droit à l’égalité et à la non-discrimination.
La dignité menstruelle implique donc d’admettre que les menstruations sont directement liées aux droits des femmes, à l’égalité de genre et à la justice sociale, qu’elle concerne les droits humains. Pour comprendre ce que cela signifie réellement, il est nécessaire de dépasser une vision strictement sanitaire des règles.
Les insuffisances de l’approche « hygiène menstruelle »
Se concentrer uniquement sur l’hygiène menstruelle peut invisibiliser des réalités essentielles. En effet, avoir accès à une protection hygiénique ne suffit pas si :
- Les infrastructures ne permettent pas une gestion digne des règles ;
- La précarité empêche l’achat régulier de protections périodiques ;
- Les normes sociales renforcent la honte ou l’exclusion.
Pour certaines femmes et jeunes filles, notamment celles en situation de handicap, ces obstacles sont quotidiens. Les menstruations abondantes, les fuites, la dépendance à un tiers ou le manque d’accès à des produits d’hygiène adaptés peuvent profondément affecter le bien-être et la dignité. Ces limites sont d’autant plus préoccupantes lorsque l’on prend en compte le manque d’information et d’éducation autour du cycle menstruel et de la santé menstruelle.
La dignité menstruelle, une expérience vécue
La dignité menstruelle n’est pas un concept abstrait. Elle doit se vivre au quotidien, ce qui implique de pouvoir :
- Comprendre ce qui se passe dans son corps ;
- Faire des choix éclairés concernant les produits menstruels ;
- Accéder à des espaces sûrs et accessibles ;
- Être respectée par sa famille, sa communauté, son école ou son lieu de travail ;
- Ne pas être réduite au silence ou à la honte.
Cette expérience varie selon l’âge, le contexte social, la situation économique, le handicap ou l’environnement culturel. C’est pourquoi une approche unique ne peut pas répondre à toutes les réalités. La diversité des expériences met en lumière un élément central. L’accès à une information claire, adaptée et accessible sur la santé menstruelle reste profondément inégal.
En effet, l’accès à l’éducation à la santé menstruelle reste insuffisant dans de nombreux contextes. Beaucoup de jeunes filles, en l’occurrence les filles en situation de handicap, ne reçoivent pas d’informations adéquates sur leur cycle menstruel, les différentes protections menstruelles disponibles, ou les soins à apporter à leur flore vaginale.
Ce manque d’information peut entraîner des irritations, des mycoses ou d’autres problèmes liés à une mauvaise hygiène. Une utilisation inadaptée de certains produits peut en outre exposer à des risques, comme le syndrome du choc toxique, rare mais grave, associé à l’usage de certains tampons.
Ces conséquences ne sont pas marginales. Elles illustrent à quel point le manque d’information, le silence et les tabous ont des effets concrets sur la santé et le bien-être des personnes qui menstruent.
Pourquoi parler de dignité menstruelle aujourd’hui ?
Les règles ne devraient jamais être une cause d’exclusion. Pourtant, dans de nombreux contextes, elles continuent d’éloigner des femmes et des jeunes filles de l’école, du travail ou de la vie sociale. Le silence et les tabous qui entourent les menstruations ont en effet un coût réel. Ils affectent la santé physique et mentale, fragilisent l’estime de soi et limitent la participation sociale. Lorsque les règles deviennent un sujet dont on ne peut pas parler, elles deviennent aussi un facteur d’isolement et de marginalisation. Face à ces réalités, continuer à considérer les règles comme un sujet secondaire ou intime revient à accepter des formes d’exclusion qui pourraient pourtant être évitées.
Reconnaître la dignité menstruelle aujourd’hui c’est refuser cette invisibilisation. C’est reconnaître pleinement l’humanité et les droits des personnes concernées, en affirmant que les menstruations font partie de la vie et ne doivent plus être un motif d’inégalités. Parler de dignité menstruelle, ce n’est pas exagérer un problème, c’est nommer une réalité vécue par des millions de personnes et affirmer que le respect, l’égalité et la justice doivent aussi s’appliquer aux corps qui menstruent. Reconnaître la dignité menstruelle comme un droit implique également de dépasser une approche strictement individuelle pour interroger les responsabilités collectives.
Dignité menstruelle : une responsabilité collective
La dignité menstruelle ne relève pas uniquement de la responsabilité de la personne menstruée. Elle concerne les familles, les communautés, les écoles, les entreprises et les pouvoirs publics. Garantir l’accès à des protections menstruelles dans les écoles ou les lieux publics, lutter contre la taxe tampon, briser les stéréotypes autour des règles sont autant d’actions nécessaires. C’est en agissant à ces différents niveaux que la dignité menstruelle peut devenir une réalité concrète et durable.
Vous l’avez sans doute compris, la dignité menstruelle est bien plus qu’une question d’hygiène. Elle est au cœur des droits des femmes et de la reconnaissance de leur autonomie. En parlant ouvertement des menstruations, en améliorant l’accès à des produits adaptés et en renforçant l’éducation menstruelle, il est possible de construire une société plus juste, où chaque femme et chaque jeune fille peut vivre ses règles avec respect et dignité.
